Le nucléaire déchaîne les passions, c'est un sujet qui divise profondément, les choix sont en général assez radicaux, pour ou contre. Même l'alternative unitaire de la gauche antilibérale a des points de vue très divergents en son sein sur le sujet et appelle au débat public pour trancher la question.
Les pro-nucléaires avancent l'indépendance énergétique, une énergie qui ne rejette pas de gaz à effet de serre et sur laquelle reposent de grands espoirs à long terme (ITER) ainsi que son faible coût.
Du côté des anti-nucléaires c'est essentiellement le problème des déchets dont on ne sait que faire si ce n'est les enfouir, la frontière fragile entre nucléaire civil et militaire (cf Iran), la sécurité des centrales et l’opacité qui les entoure.
Je suis en accord et en désaccord avec des arguments de chaque camp même si je me sens bien entendu plus proche des anti. Je pense néanmoins que la priorité numéro 1 est la lutte contre le dérèglement climatique et les rejets de gaz à effet de serre qui en sont la cause. A cela s'ajoute la pénurie de pétrole à venir donc la flambée des prix et les instabilités géopolitiques qui en découleront. On ne peut donc refuser en bloc une énergie qui, en France, est prédominante. L'Allemagne s'était engagée (et fait marche arrière) à sortir du nucléaire mais son parc est bien moindre que chez nous. En France 80% de l'électricité est d'origine nucléaire alors que ce taux baisse à 6% au niveau mondial. Il ne s'agit pas en effet de refuser le nucléaire pour en acheter chez nos voisins ou construire des centrales à charbon.
Le nucléaire civil et militaire est étroitement lié puisque les déchets des uns peuvent servir aux autres et que les techniques d'enrichissement de l'uranium sont communes. Je suis très sensible à cet argument mais je suis persuadé qu'il est possible de découpler les deux. La grande majorité des pays qui utilisent le nucléaire civil n'ont pas l'arme atomique. Cette technologie a un côté bénéfique et un côté néfaste et comme le disait Rabelais "science sans conscience n'est que ruine de l'âme". Interdire le nucléaire civil n'empêchera pas un pays d'enrichir de l'uranium pour en faire une charge sur un missile, à partir du moment où la technologie est connue et où la volonté politique est là. Il faut donc commencer par se battre pour interdire le nucléaire militaire, à commencer par les donneurs de leçon comme le France ou les USA.
Par rapport aux déchets, ce problème est également très préoccupant car c'est une véritable fuite en avant. Les enterrer en espérant pouvoir un jour les traiter peut relever de l'inconscience et de l'irresponsabilité vis-à-vis des générations futures. J'ai tout de même relativement confiance dans les conditions de conservation qui, je pense, seront surveillées encore longtemps. Il faut tout de même relativiser avec l'urgence du réchauffement qui semble bien plus prioritaire et nécessite des choix forcément imparfaits. La perfection n'existe pas en matière énergétique.
Le débat le plus important doit être celui des choix énergétiques d'un pays et des moyens à y consacrer. Aujourd’hui la France a fait le choix de miser à fond sur le nucléaire et je crois davantage au scénario Négawatt : sobriété (rationaliser et changer les comportements et les modes de vie), efficacité (supprimer les pertes à la production et à l’utilisation), renouvelables. Ce scénario ambitieux permet pratiquement de se passer du nucléaire qui doit donc être un dernier recours et ne doit absolument pas être un blanc seing à la croissance énergétique. De toute façon les réserves de combustible fissible (importées) sont de 100 à 200 ans. Quant à ITER, personne n'est aujourd'hui capable de s'avancer sur sa faisabilité au niveau production industrielle, on ne peut donc construire des scénarios dessus.
Il est par ailleurs évident qu’une politique énergétique cohérente, la plus écologique possible, équitable, sécurisée, axée sur le long terme doit être publique, avec des moyens de production appartenant à l’Etat et exploités par lui et surtout pas ouverts aux appétits des actionnaires et des chercheurs de profit.
Le débat pro ou anti nucléaire est avant tout passionnel et idéologique. Je rêve évidemment d'un monde où toute l'énergie serait renouvelable, où l'empreinte écologique de l'homme serait inférieure ou égale aux capacités de la terre mais je pense être un minimum réaliste. Refuser le nucléaire c'est inévitablement se reposer à court terme sur le charbon , le gaz ou le pétrole qui, au-delà de leurs rejets fatals en CO2, seront épuisés dans quelques dizaines d'années. Je rejoins les anti concernant la sobriété, la décroissance énergétique mais là où se reposer complètement sur le nucléaire est une fuite en avant, le refuser en bloc est un aveuglement car l'énergie parfaite, propre et infinie n'existe pas.