Je vais vous demander d'observer attentivement cette copie d'écran du site web Le Monde qui date de vendredi dernier (02/02/07).

L'article, qui se fond sous les pubs et les encarts, a pour titre "
Le GIEC impute aux activités humaines l'ampleur du réchauffement". Le corps du texte explique ce que tous les journaux et médias ont repris au lendemain de la publication du rapport pour les décideurs (je préfère dire dirigeants car nous aussi nous sommes décideurs...). Le titre résume bien l'affaire. Va falloir se bouger et faire des efforts si on veut continuer à vivre sur terre !!!
"
Plus loin, plus vite, plus souvent et moins cher" dénonçait Yves Cochet lors d'une instructive conférence mardi à Toulouse, qu'il faudra impérativement et rapidement remplacer par "
moins loin, moins vite, moins souvent et plus cher". Le bandeau en haut de page n'est pas encore dans le coup. Passons.
L'article est illustré par une image d'usine rejetant quantité de fumée, on pourrait imaginer une centrale thermique au charbon ou en tout cas une industrie émettrice de CO
2.
En fait ce qui attire l'oeil dans cette page est bien
la publicité à gauche intitulée "la confiance" avec cette charmante femme en tenue de chantier, dont le visage est copieusement recouvert de fond de teint.
Endesa France... Cette pub étant une succession d'images, on pouvait aussi lire, sur fond bleu turquoise, le nom d'un site internet
http://www.energeticiensdecoeur.fr/ ... énergéticiens de coeur, la tenue de chantier ça fait un peu conservateur. Je ne pouvais pas ne pas visiter le site en question.
Il s'agit donc d'Endesa, une grosse société espagnole qui fabrique de l'électricité et qui donc se place en vue de l'ouverture du marché en juillet. Elle compte sur un bond de 800MW en hiver 2008 puis 1000 à 1200 MW par an (ce sont juste les chiffres de l'
opération d'extinction des lumières du 01/02 !!!). Surprenant quand le bilan RTE 2006 montre une baisse de la consommation de 1% entre 2005 et 2006 (478.4TWh en 2006).
Endesa possède en France 4 centrales électriques soit 7 tranches pour un total de 2500MW, "
Matière première : charbon". Toutefois l'environnement n'est pas laissé de côté puisque 80% des cendres issues de la combustion sont recyclés en génie civil. L'innovation n'est pas en reste, un parc de 200MW est projeté ainsi que des tranches en cycle combiné gaz pour 2000MW à horizon 2010, mais pas de trace de la capture et de la séquestration du CO
2.
Les USA possèdent 27.1% des réserves mondiales de charbon qui pourraient tenir 155 ans au rythme de consommation de 2005. C'est une énergie de plus en utilisée (
4630MT en 2004 soit 110% de plus qu'en 1970). L'acier est aujourd'hui dépendant à 70% de cette énergie fossile. 40% de l'électricité mondiale est produite à partir du charbon, ce chiffre monte à 50% pour les USA et l'Allemagne et 79% en Chine. Qui a dit que le charbon était dépassé ? Le pétrole montre des signes de faiblesse, les prix augmentent. Le charbon va donc sans doute prendre le relais, au moins pour la transformation énergétique.
En France des projets sont en cours comme dans le Nivernais ou au Havre.
Seul problème, il est
très polluant, plus que le gaz et le pétrole. En effet, 1 tonne de pétrole produit 0.8 T de carbone, 1 Tonne équivalent pétrole (TEP) de gaz 0.6T de C et 1 TEP de charbon 1.2 T de C.
Les scientifiques me répondront que
la solution résulte dans la capture et la séquestration du gaz carbonique. Capturer 100T de CO2 nécessite un apport énergétique de 47 T de charbon. La production d'électricité avec capture engendrerait dans l'état actuel des connaissances (expérimentales) une
surconsommation de 89% de charbon. Les espoirs se portent sur 25% de surconsommation voire 15% si l'on gazéifiait le charbon avant combustion. Rappelons que le charbon peut aussi être liquéfié par le procédé Fisher Tropsh, déjà largement utilisé par les nazis.
Capturer c'est bien beau mais il faut ensuite séquestrer. On pense aux anciens puits de pétrole du Moyen-Orient mais se posera le problème du transport.
La capture et la séquestration entraînent un
surcoût de 50% du KWh. On imagine la motivation des producteurs privés d'électricité qui vont se battre pour abaisser ce coût au maximum sur un marché concurrentiel !! La tonne de CO
2 à séquestrer reviendrait entre
40 et 60€, à comparer au 1.45€ la tonne sur le marché du carbone Powernext dans le cadre de Kyoto. Séquestrer ou acheter ? La réponse des financiers va être rapide !!
Finalement cette charmante demoiselle en tenue de chantier doit avoir la peau un peu moins blanche en fin de journée et Le Monde nous expliquera sans doute prochainement que les efforts actuels sont insuffisants... La publicité est une vraie connerie, telle est ma conclusion.
Source des chiffres : Alternatives Internationales 01/07