
Au hasard de mes cyber-lectures, je suis tombé sur un article du Monde écrit par
Pierre-Antoine Delhommais et intitulé "
L'obscure lubie des objecteurs de croissance". Ce titre ne passe pas inaperçu !
Avant d'évoquer ce papier, je tiens à citer quelques phrases de ce monsieur qui est
un prophète de la croissance "
La croissance profite à tous, mais plus aux nations pauvres qu'aux riches" (Le Monde 05/08/06) ; "
Au-delà des ajustements de l'offre et de la demande et des incertitudes géopolitiques, les économistes s'accordent pour reconnaître le rôle majeur joué par les fonds spéculatifs dans l'envolée des cours du pétrole" (Le Monde 22/08/06). En somme la croissance est la seule chose qui puisse tirer l'humanité vers le haut, seule la lourdeur étatique et les avantages sociaux peuvent la ralentir.
Dans l'article, Delhommais semble
réfuter le fait que la croissance ait besoin d'énergie car il tourne en dérision la logique qui veut que la limitation des ressources naturelles soit une limite à la croissance. C'est pourtant aussi simple que 2 et 2 font 4 !
Il critique également une absence de confiance qu'ont les décroissants en l'homme. Pour lui
l'homme est cet être supérieur qui se sortira toujours de toutes les situations, celui qui inventera en moins de 50 ans l'énergie miracle et qui stoppera le réchauffement climatique comme par magie. Les décroissants sont effectivement des humanistes car ils croient que les hommes sont capables de cohabiter harmonieusement entre eux et avec la terre, la croissance constituant une mauvaise voie.
Son argument pro-croissance est la réussite de la Chine, ce pays où il n'y aura plus de très pauvres d'ici 15 ans avec un PIB à +10% par an. Sauf que la Chine est une dictature, un des pays où la richesse est la moins bien répartie, où il n'y a aucune protection sociale, où les inégalités sont criantes et où sont exécuter plus de 80% des condamanés à mort de la planète.
Delhommais fait l'
amalgame écologie - décroissance en incluant Nicolas Hulot qui est au contraire plutôt développement et croissance durable.
Là où la décroissance, qui n'est pas une solution précise en soi, pose le problème du fourvoiement de la croissance, de l'étroitesse des indicateurs tel le PIB (cité à chaque paragraphe), ne fait qu'installer un débat la viabilité d'un système économique,
l'auteur refuse de tourner la tête et pense qu'il n'y a pas de débat possible par rapport à nos réalités économiques. Delhommais n'est pas un humaniste, c'est un scientiste qui préfère la fuite en avant.
Sa conclusion, très
arrogante et prétentieuse, tend à dire que les décroissants sont des doux rêveurs riches et que lui est en train de sauver l'humanité. Mais la décroissance n'est autre que la prise de conscience que les pays riches sont sur la mauvaise voie et une mise en garde envers les pays pauvres pour un développement plus harmonieux et plus équitable.
Photo : Larzac 2003 "Choix de société"