Chaque mois l'ANPE (ou Pôle Emploi aujourd'hui) radie 40000 demandeurs
d'emploi, à 95% pour absence à une convocation. Ce chiffre tiré d'un article d'AFP ne m'étonne
guère après avoir été témoin de ce qui est arrivé à une amie.
En décembre, elle reçoit un courrier de l'ANPE lui signifiant sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi. La raison ? Non présentation à une convocation et non réponse à un courrier lui
signifiant cette absence et lui demandant de se justifier. Or, jamais elle n'a reçu la dite convocation et la lettre suivante.
Recherchant sérieusement du travail et tout à fait disponible pour toute convocation et entretien à l'ANPE, cette lettre a d'abord suscité une incompréhension pour ensuite laisser place
à la colère. L'ANPE rayerait donc de ses listes des demandeurs d'emploi arbitrairement ? Le procédé paraît gros et grossier. Espérons qu'il ne s'agisse que d'une simple erreur administrative.
Toujours est-il qu'elle écrit un courrier de recours dans les règles de l'art. Quelque temps après, elle reçoit un accusé de réception qui sera suivi par un courrier présentant
des cases cochées dont la dernière " j'ai décidé - de retirer la décision prise à votre encontre". Aucune autre forme d'explication, la radiation est annulée. Par la suite 4
autres courriers arriveront : nouvelle carte, avis de non indemnisation, informations...
Si l'on peut penser à une simple erreur due en particulier à la fusion difficile ANPE - ASSEDIC, le fait est troublant tellement il semble répandu. On peut se dire que si la victime proteste
alors il n'y a pas de conséquence, si elle ne suit pas la procédure de recours alors tant mieux pour les statistiques ! Dans le cas présent , le demandeur d'un premier emploi ne donne pas droit à
une indemnisation donc aucune implication financière.
On peut donc se demander légitimement quels sont les vrais chiffres du chômage quand on sait que seules les personnes inscrites à la recherche d'un CDI à plein temps sont
comptées (soit 2 114 300 sur un total de 3 632 500 en décembre 2008).
Pour tout ceux qui sont victimes de radiation abusive je conseille le site internet créé pour l'occasion afin d'aider les victimes : http://www.recours-radiation.fr/.
Plus de 70 000 personnes dans les rues de Toulouse, 2 millions en France. Belle réponse à Notre Président Tout Puissant qui prétendait devant ses compères que les grèves ne se voyaient plus .
La rue a crié que la politique capitaliste actuelle, qui tente de panser les plaies de la crise, n'est pas capable de penser une société équitable.
Pour la première fois j'ai pu voir des slogans nouveaux, moins basiques que le pouvoir d'achat : "Dépenser plus, penser moins" ou "Travailler moins, vivre
mieux". La croissance comme fin en soi, beaucoup en reviennent et on sent une volonté de changement pour aller vers une société plus apaisée.
Cette grève est prévue depuis longtemps. Les syndicats avaient été reçus le 17 décembre par le ministre de la fonction publique Eric Woerth
afin d'évoquer les problèmes de revalorisation des salaires dans la fonction publique. Fin de non recevoir, au moins pour l'augmentation du point. Pour voir son salaire suivre
l'inflation, il faut travailler plus. Cela s'est traduit localement dans l'établissement qui m'emploie par la vente possible (et non le rachat comme disent beaucoup : si l'on achète
c'est qu'on donne de l'argent contre quelque chose...) de 4 jours RTT ou congés. Cette mesure, émanation directe du leitmotiv sarkozyste, me fait peur. Sur un peu plus de 250 employés, une
centaine en a profité et avec une majorité de "hautes" catégories , sans doute des cadres qui perdaient leurs jours de repos. Je pensais plutôt que les "petites" catégories se seraient jetées sur
ces quelques dizaines d'euros.
Il y avait pourtant eu une belle mobilisation à la grève sur ce sujet le 20 novembre. Et puis j'ai été marqué par cette alerte du DRH au cours d'une réunion paritaire qui s'alarmait de la
recrudescence récente de situations de détresse financière de certains agents.
Cela me fait plaisir que les employés ne tombent pas dans le piège du "travailler pour gagner plus". La monétarisation de congés et de RTT annonce une remise en cause très dangereuse
de ces acquis et il semble que pas mal de monde en soit conscient. Alors je pense que la mobilisation de jeudi est indispensable pour s'y opposer.
Malgré cela, la simple revendication de plus de pouvoir d'achat m'embête. Comme écologiste qui se revendique décroissant je ne peux pas cautionner le
toujours plus. Notre société dérive vers l'hyperconsommation. Acheter et posséder devient une fin en soi. Tout le monde veut son écran plat, son téléphone portable dernier cri et une
grosse voiture. Cela crée des situations de surendettement dont la société toute entière est responsable. Ce modèle de société n'est évidemment pas viable et il faut faire attention à ne
pas l'encourager en revendiquant bêtement le pouvoir d'achat.
En parallèle, le travail se précarise, les temps partiels subis se développent, la pression est mise sur le CDI pour qu'il ne soit plus la référence, il faut sacrifier sa
vie de famille, son temps libre pour travailler plus, en particulier le dimanche, pour parfois simplement subvenir aux besoins élémentaires. De même, le
démantèlement des services publics crée une énorme injustice entre les citoyens.
Plus de libéralisme, plus de concurrence débridée demande Attali, cela se reportera évidemment sur les salariés. Aujourd'hui, des travailleurs ne peuvent pas se loger pendant que certains
libéraux font la morale pour "remettre la France au travail" alors que leur capital d'actionnaire ou de propriétaire leur rapporte de plus en plus par rapport au travail.
Pour ma part, je ne demande pas plus de salaire. Avec mes 1500€/mois je suis le "roi du pétrole". D'ailleurs j'ai calculé mon
indice des prix à la consommation sur le simulateur de l'INSEE et il augmente moins vite que la moyenne (pas
de tabac et surtout pas de voiture, ça aide énormément !!!).
C'est pourquoi il convient de prendre la revendication "pouvoir d'achat" avec des pincettes. De la même manière que la croissance ne reflète pas la santé ou le bonheur de la
population d'un pays, le pouvoir d'achat ne reflète pas plus le bonheur, il peut même signifier le contraire.
Je serai jeudi en grève et dans le cortège toulousain, non pas pour demander bêtement de "travailler plus pour gagner plus" autrement dit du pouvoir d'achat sarkozyste mais pour demander
plus de justice dans la rémunération des salariés, la défense des services publics. En parallèle de la revalorisation des petits salaires et des
minima sociaux, il me semble indispensable de prendre des mesures pour lutter contre la société de consommation et les inégalités. Me viennent à la tête quelques idées :
- limiter la
publicité
- plafonner les loyers - développer les alternatives à la voiture et les économies d'énergie pour lutter contre la perte de pouvoir d'achat qui est en partie due à ces
dépenses (qui ne sont pas une fatalité).
- instaurer un salaire maximum,par exemple 5 ou 7 fois le smic et indexé sur celui-ci.
- limiter le crédit : faire supporter aux banques le surendettement
- partager davantage le travail en réduisant la durée légale du travail et en rendant l'embauche obligatoire
- fermeture des magasins samedi et dimanche
- nouveaux indicateurs qui prennent en compte non seulement le revenu et la valeur ajoutée mais aussi les inégalités (ex. BIP40) et qui tente de quantifier le bonheur.
On me traitera d'utopiste voire de communiste (et je le revendique) mais je pense que l'utopie c'est de penser que notre société continuera indéfiniment son évolution actuelle.
Illustrations : BIP 40 = augmentation des inégélités ; mon idice des prix par INSEE ; infograpgie du Monde sur les inégalités
Mes vacances sont terminées depuis lundi. Mon voyage au Maroc (photos) a donc pris fin et fut très enrichissant. J'y ai rencontré des gens très intéressants, attachants et captivants, tant dans le groupe de
Français avec qui j'ai partagé près de 10 jours, qu'au cours de mon périple, seul, à travers le Maroc et un peu l'Espagne. Le voyage par des moyens de locomotion "lents" (par rapport à l'avion)
vaut à lui seul le coup. Les rencontres y sont variées, faciles et multiples, une vision de la vraie vie, pas celle du touriste, nous est offerte, les paysages défilent à vitesse raisonnable et
laissent le temps d'admirer et d'observer. Prendre le temps et sentir l'évolution au fil des kilomètres et des étapes n'a rien à voir avec l'avion.
C'est un peu fatiguant, il faut du temps et l'Européen toujours pressé n'en a évidemment pas ("l'homme pressé est déjà mort" nous a dit le guide dès qu'il nous a connus !). Pourtant, au retour
j'avais la crève et il y avait la grève, le train espagnol ne desservait pas le terminus prévu et le dernier train pour Toulouse était supprimé. Mais je m'en foutais, cela allait même prolonger
mon séjour et puis ce sont dans ces moments-là qu'il se passe des choses et que l'on fait des rencontres sympathiques. Je n'ai même pas ressenti dans les transports publics les "prises d'otage"
chères à TF1, RTL et compagnie. Les usagers étaient calmes et pas ouvertement hostiles et hargneux, à part quelques exceptions.
Je rentrais donc en France en période de grève et contrairement à ce que le titre peut laisser penser, dans le climat anti-grève que distille la plupart des médias, ce retour en France
n'est pas le retour dans un pays de grévistes (voir cette excellente tribune dans Libé), de nantis, de feignants et
d'assistés. La remise en cause dans notre pays (et la plupart des pays dits riches) des avancées sociales donc des progrès pour l'Homme (qui résultent de
l'amélioration de la productivité), de la solidarité, de l'égalité, l'intérêt général donc les services publics sont les vrais
motifs de fond des mouvements actuels. Voilà pourquoi je n'ai pas repris le travail mardi 20 mais me suis porté en grève et suis allé manifester à Toulouse au milieu d'un gros
cortège.
Toutefois j'ai été déçu des slogans et pancartes. On y parlait beaucoup de pouvoir d'achat
. Je ne manifestais pas pour gagner plus (au passage, le "travailler plus pour gagner plus" se traduit dorénavant sur mon lieu de
travail par la possibilité de "racheter" 4 jours de congés) mais bien pour défendre le service public et l'intérêt général. La défense du pouvoir d'achat, que je comprends et qui est une lutte
prioritaire pour certaines catégories de personnels, me semble secondaire dans l'évolution actuelle des choses et a tendance à occulter les vrais problèmes de la fonction publique. La
volonté de gagner plus est aussi la traduction de notre mode de vie basée sur la sur-consommation, l'endettement, le matérialisme. Cette revendication me met mal à l'aise.
Il ne faut pas que les grévistes et acteurs des mouvements sociaux adoptent les caractéristiques des anti-grèves : l'individualisme, égoïsme.
Je rentre donc en France motivé et surtout pas fataliste. L'individualisme et le fatalisme (qui en est peut-être la conséquence) sont deux fléaux qui caractérisent notre société
et qu'il convient de combattre.
Photos : tous les billets pour 3 jours de voyage de Toulouse à Ouarzazate - le pouvoir d'achat vu sous l'angle des inégalités, pas celles des régimes de retraites mais les
vraies, celles qui se creusent (infographie Le Monde)
Et bien j'ai eu en partie la réponse récemment. Mon employeur, un établissement public sous tutelle du ministère de l'environnement, a organisé une consultation de son personnel
(environ 250 personnes) dans le cadre du management et de la qualité (c'est le dada des chefs avec la communication). Sous forme d'un questionnaire, étaient passés en revue pas mal de domaines.
Et en question 20, il nous était demandé : "Pouvez-vous évaluer vos facteurs de motivation au travail ?". Je vous livre les résultats à cette question tels qu'ils nous ont
été fournis, de manière transparente c'est à souligner, et sans susciter de réactions pariculières ni de commentaires, c'est aussi à souligner.
Il faut savoir tout d'abord à quoi correspondent les catégories :
- 5 = agents tout en bas de l'échelle
- 4 = techniciens, comme moi
- 3 = jeunes ingénieurs ou techniciens avec expérience et ayant évolué
- 2 = le grade de chef commence là. Ingénieurs avec expérience
- 1 = grands chefs, le comité de direction...
Le tableau ci-dessous est la somme des 3 réponses possibles (donc total > 100%) alors que la courbe semble reprendre la part relative de chaque motivation (j'ai pas bien compris les
chiffres). Pour ma part, il me semble avoir répondu 1- Conviction environnementale 2-Relationnel 3- Besoin d'être utile à la société. (Je confirmerai ça lundi).
On remarque de prime abord que les "petits" travaillent pour bouffer et pour avoir une reconnaisance sociale principalement. Le travail en lui même ne les intéresse pas et
je les comprends. Les chefs, c'est l'inverse. Ils disent se foutre de l'argent (il est vrai que les salaires ne sont pas du même ordre que dans le privé pour eux) et ne recherchent pas la
sociabilisation par le travail. En revanche, ils recherchent les responsabilités c'est-à-dire que les chefs veulent diriger, manager, commander, être encore plus chefs quoi !
Pour revenir au sujet initial, les convictions environnementales, les résultats me surprennent peu. Les dirigeants n'en ont presque pas. Peu importe le domaine, ils veulent
diriger.
Les convictions concernent les plus techniques, ingénieurs ou techniciens qui sont en même temps la frange la plus jeune de l'établissement. Elles représentent presque 42% de leur motivation
principale ! C'est tout de même encourageant.
La notion d'utilité à la société renvoie à une valeur noble. Le sens du service public, de l'intérêt général, elle fait quelque part appel à nos idées de changement du monde. Et
il est vrai que protéger l'environnement c'est rajouter une pierre à l'édifice. Les catégories 3 mettent cette motivation en tête de leurs choix. Cette catégorie est aussi souvent en contact avec
les élus, les acteurs du secteur, monte les dossiers, fait évoluer et se concrétiser des projets. La catégorie 4, qui a répondu un peu moins fortement, a une mission moins "politique" et sa
moyenne d'âge est un peu plus élevée.
On remarquera également que le désir de prise de responsabilité, que l'on pourrait croire une priorité pour les jeunes, n'est pas très élevée chez eux. Cela est plutôt de bonne
augure et montre que mes collègues ne sont pas des requins aux dents longues !!
Finalement, ces chiffres sont plutôt rassurants. Il y a pas mal de personnel de l'environnement qui a des convictions écologistes ou environnementalistes (terme préféré dans
l'établissement) et donc est dans son élément au travail. En même temps, ceux qui ont le pouvoir, qui définissent les orientations stratégiques, sont plus là pour la forme que pour le fond !!
Freemen est un réseau de blogs, dont les auteurs sont convaincus que 1) le changement climatique est un problème majeur, pas uniquement écologique, mais aussi politique et
économique 2) s'attaquer sérieusement à ce problème implique une remise à plat de nos modèles économiques et, particulièrement, de la notion de «croissance». Au delà, comme le nom “Freemen“
l’indique, chacun pense, écrit ce qu’il veut sur son blog. L’ensemble de ces contenus doit petit à petit former une nouvelle «chaîne», un nouveau «journal», chacun parlant de politique, mais
aussi, d’art, de ciné, de tout.