Aujourd'hui était une journée particulière. Nous allions savoir si
Hulot continuait dans la campagne présidentielle ou non. J'en étais excité et cette
décision était
majeure pour l'avenir de l'écologie politique. J'ai donc appris aux alentours de 10h45 que Hulot prenait congé de l'élection présidentielle,
les vacances de monsieur Hulot en quelque sorte mais en moins marrant tellement son discours était solennel et presque grave. Non pas qu'il abandonne la partie (il suivra les engagements autour du
pacte et invite d'ailleurs ceux qui l'ont signé à formaliser leur position le 31 janvier à l'occasion d'une rencontre) mais il ne souhaite pas tout perdre dans ce petit jeu, toute la confiance et
la crédibilité acquises jusque-là. J'étais
soulagé, Hulot n'étouffera pas les partis "historiques" de l'écologie qui se battent sur le terrain, contre les
lobbies économiques, ceux-là même qu'Hulot a comme sponsor... L'animateur télé restera une force de proposition, un "
lobby des consciences" comme il s'est
défini. Je crois toujours malgré tout en des députés écolos pour les législatives, issus d'un rapprochement Verts, Cap21 et soutenus par Hulot...

Mais le coeur n'y était pas et ce retrait
paraît anecdotique face à la nouvelle que l'on a tous entendue au réveil ce matin.
L'abbé Pierre est mort. Il s'est retiré, lui aussi, mais à sa façon. Comme
beaucoup j'imagine, j'étais profondément ému. J'ai eu les larmes aux yeux quand la radio repassait une de ses interventions révoltées dans laquelle il interpellait fermement ceux qui nous
dirigent.
L'Abbé Pierre était un homme d'église (avec laquelle il était souvent en opposition de vue) qui faisait l'unanimité, bien au-delà des clivages religieux et politiques. Il est resté très longtemps
"la personnalité préférée des Français " (il ne figurait plus dans les derniers classements car les instituts de sondage ne le proposaient plus dans leur panel de stars, les médias se lassent
vite).
Sa foi était aussi celle qu'il avait en l'homme. C'était avant tout un
humaniste qui ne pouvait supporter l'inégalité. De tous les combats en matière
d'exclusion, de logement, de précarité il a consacré sa vie aux autres. En 1954 il se révoltait parce que des gens dormaient dans la rue. En 2007 les Don Quichotte prennent en quelque sorte le
relais et dénoncent la même situation en pire, le nombre des sans-abri a augmenté. C'est la preuve, s'il en faut, que
notre monde ne tourne pas rond. Le plus
bel hommage que nous puissions lui rendre c'est de prendre nous aussi le relais de ce combat contre les inégalités et l'exclusion.
Il faut changer le
monde.
Photo : fondation Abbe Pierre