Mercredi 20 septembre 2006

Il y a quelques années (disons 6 ou 7 ) j'ai acheté un peu par hasard un livre de poche d'Albert Jacquard intitulé "
J'accuse l'économie triomphante". Je l'ai avalé en quelques heures et ça a provoqué une espèce de déclic dans ma conscience. Mes yeux se sont ouverts sur tout un tas de sujets tels que la notion de propriété privée, d'égalité, la mondialisation, les rapports entre les hommes, la compétition et j'ai réellement commencé mon cheminement intellectuel par rapport à
l'impasse économique dans lequel le monde se fourvoie.
J'avais prévu d'aller voir ce généticien humaniste et utopiste à Carcassonne où il soutenait, avec José Bové, la Conf' dans le cadre d'un procès fasse à Monsanto pour importation illégale d'OGM. Sa présence à Toulouse le soir même m'a enlevé l'envie de me déplacer dans la cité Audoise... honte à moi !!! C'est donc à la FNAC Labège que je l'ai vu à l'occasion de
son nouvel ouvrage "Mon Utopie". J'avais pris le soin de l'acheter et le lire ce week-end (vive le train qui laisse du temps pour lire).
Drogue, paquebot et décroissance
Jacquard a donc introduit cette rencontre par la notion de
décroissance avec une métaphore très pédagogique.
La drogue et la croissance. Les premières années sont comme les premières doses, ça donne une sensation de plaisir et de bien être mais rapidement on devient dépendant et le plaisir se transforme en horreur. Sa deuxième métaphore, qui a été le fil conducteur de la discussion, a été
le paquebot et l'humanité. Le paquebot, que l'on peut appeler Titanic, fonce vers un iceberg dont il a du mal à voir la distance mais dont il sait qu'il va le percuter et couler. Et plutôt que de ralentir et changer de trajectoire, il met les gaz à fond.
La suite de son allocution a porté sur les thèmes centraux de son bouquin :
la compétition et la nécessité d'en sortir, à commencer par
l'éducation. Son humanisme s'est clairement exprimé quant à l
'arme nucléaire. La France doit s'en débarasser car la bombe est mauvaise pour l'humanite. Le bien de l'humanité étant au dessus de celui de la nation qui est au dessus de celui de l'individu. Il a également fortement dénoncé l'économie qui n'est pas une science car elle repose sur la notion de valeur qui est arbiraire et ne repose sur rien d'objectif mais qui pourtant dirige le monde.

Belle utopie qu'un monde plus égalitaire, basé sur la fraternité plutôt que sur la compétition, où les enfants apprendraient à l'école à se connaître, à appréhender la vraie vie, à devenir l'Etre humain qui existe grâce à l'autre.
Une école où la hiérarchie et les concours seraient bannis. Il a également appelé à une
"planétisation" des droits. Droits à des papiers, ou plutôt à pas de papiers c'est à dire où la nationalité n'aurait pas d'importance. Droit sanitaire comme il existe en France.
L'assemblée comme moi étions conquis par cette utopie. D'ailleurs il a lui même défini
une utopie comme quelque chose qui n'a jamais été encore essayé.
Incomplet sur mes moyens de parvenir à cette utopieToutefois j'ai posé une question, à savoir
quels sont les moyens concrets et individuels pour contribuer à dévier le paquebot de sa trajectoire voire lui faire faire demi-tour, ce qui signifie la décroissance ? Déserter les temples de la consommation tel le centre commercial de Labège (petite jouissance de tenir ces propos au micro du forum de la FNAC!!!) , s'engager en politique ? Que faire ?
Sa réponse ne m'a pas convaincu. Il s'est contenté de parler du rôle de l'école. La question a été reposée ensuite sans qu'il y réponde réellement. Au moment de la dédicace, un jeune lui a redemandé ce qu'il pouvait faire à son niveau, il a répondu "
il faut intériorisé tout ça". Je lui est alors demandé si l'engagement politique était le meilleur moyen. Il a acquiescé mais sans plus de précisons. Dommage car je pense que nous, individus, sommes acteurs de ce système qui va dans le mur et qu'à ce titre nous pouvons agir.
Jacquard reste quand même un guide dans ma quête de compréhension de l'humanité.
Le séance s'est terminée par une discussion sur l'écologie et sur le vélo en ville qui m'a naturellement rapprochée de
l'unique autre personne qui a "osé" venir à vélo dans ce temple de la consommation dessiné pour les seules voitures. Nous avons bu un café et sommes rentrés à vélo ensemble, en refaisant le monde !!!