Hier, un ami me
transmettait un communiqué émanant d'Airbus qui relatait le premier vol d'un A380 accompli en
partie avec un carburant alternatif, le GTL (Gas to Liquid), synthétisé à partir de gaz naturel. Dans son communiqué, l'avionneur se veut bien entendu vertueux et écolo mais parle tout
de même prudemment et avec le conditionnel : "les carburants de substitution pourraient être bénéfiques pour l'environnement. C'est un objectif d'Airbus, acteur incontournable,
de soutenir l'évolution vers une industrie aéronautique neutre en carbone. Les carburants de substitution peuvent contribuer à la réduction de notre empreinte carbone. (...) Les
émissions seront comparées avec celles du kérosène et l'équipe utilisera les résultats pour mesurer les avantages pour l'environnement et définir les prochaines étapes".
Ce matin, la Dépêche du Midi, notre seul quotidien régional tout-puissant (sans doute un des seuls journaux dirigé par un chef de parti politique : Baylet, Radicaux de gauche), débarque dans les
kiosques avec ses gros sabots et titre en une ni plus ni moins que "l'A380 vole propre". Dans un grand souci de journalisme d'investigation, critique et prenant le
recul nécessaire, le quotidien ne fait que remettre en
forme et enjoliver le communiqué dans son édition de samedi, accompagné de quelques lignes sur le concurrent Boeing, histoire de parsemer le tout d'un zeste de patriotisme
économique (ça redevient à la mode ces temps-ci). La Dépêche, agence de com' d'Airbus.
Au-delà de cette tromperie, cette malhonnêteté journalistique, le fond des propos est complètement déformé et même mensonger. En effet il est faux d'expliquer que le GTL est
"beaucoup plus propre" que le kérosène. Le procédé Fischer-Tropsh s'avère même catastrophique sur le plan des rejets en gaz à effet de serre avec une production 50% supérieure (ma source
est le second commentaire de l'article dont je certifie le sérieux, ayant discuté avec son auteur ce midi).
Précisons également que la production se dessine au Qatar, gros producteur de gaz naturel et gros client d'Airbus. L'objectif de la firme européenne est bien entendu de s'assurer une
ressource fiable de carburants chez des amis. L'écologie ne sert qu'à vendre la stratégie (à la Dépêche du Midi notamment).
Soulignons enfin que la chute de l'article pourrait amorcer un soupçon de lucidité : "« Voler vert ? » : un vœu pieux doublé d'un argument commercial de poids. Voilà qui devrait
déculpabiliser, et même séduire, la clientèle des aéroports."Je ne pense toutefois pas que cela ait une connotation négative pour le journal. Je crains en effet qu'il
considère lui aussi que l'argument écologique ou "greenwashing" n'est qu'un argument marketing pour vendre toujours plus et donc polluer toujours plus, quitte à raconter des bêtises.
Tout cela est lamentable et complètement amoral.