La saison de ski approche et de nombreux
Toulousains se réjouissent. Pas moi.
La Dépêche du Midi fait la promo des stations de ski pyrénéennes et je suis assez alarmé de lire ses propos ou ceux qu'elle rapporte. Morceaux choisis :
"«La saison 2006-2007 a été mauvaise faute de neige, reconnaît Benoît Clocheret (Altiservice, exploitant filiale de Suez- Lyonnaise des Eaux). Notre volonté
est de considérer cela comme un accident climatique qui ne doit pas remettre en cause la confiance dans notre politique d'investissements ».
"«Sur l'ensemble de ses stations, Altiservice a ainsi dépensé 9 millions d'euros, essentiellement pour améliorer encore l'efficacité de la neige de culture.(..) Et
cette capacité de production renforcée ne pose pas de problème de ressources. A Superbagnères, les précipitations ont été satisfaisantes cet été pour remplir les
réservoirs ». Le réseau de canons neige a été porté à 156 unités grâce à l'investissement du SIGAS (Syndicat intercommunal de gestion et d'aménagement de Superbagnères) et des
aides qu'il a reçu des assemblées départementale, régionale et de l'Etat"
"Altiservice place la nouvelle saison de ski sous le signe du développement durable. « Il s'agit de ne pas surfer sur une mode mais bien
d'agir », a expliqué Benoît Clocheret, le P-DG d'Altiservice (...) Symboliquement, les dameuses de l'ensemble des domaines tourneront avec de l'huile bio à partir de cet
hiver. Les stations vont également s'intéresser de près au tri des déchets"
"«L'avenir de la station, tel que le perçoivent les acteurs du développement économique local, réside dans le projet d'extension du domaine skiable : trois
pistes supplémentaires, dont l'une dessinée sur 4,5 km, qui mènerait les amateurs de glisse jusqu'aux cimes enneigées à 2 166 m(...). Ce n'est pas un projet démesuré et
destructeur pour l'environnement, reprend Jean-François Poroli (Mijanès). Juste la possibilité de faire évoluer la station comme ont évolué les attentes de la clientèle»" Avec ce
projet évalué à 2 075 000 € (subventionné à 70 %), Mijanès et les 530 âmes du canton le moins peuplé de France entrevoient un avenir plus radieux".
"«On a anticipé, cette année, la production de neige de culture en débutant le 29 octobre, ce qui est assez rare de commencer si tôt. On a produit 300.000 m3 de neige. On a des
canons de dernière technologie qui permettent de produire à 1° avec 30 % d'hydrométrie. Chez nous, les canons ne sont pas un complément, mais un produit à part
entière qui équipe 50 % des pistes damables (60 hectares) et 90 % de nos remontées mécaniques. Aujourd'hui, on ne pourrait pas ouvrir sans la neige de culture.»"
Noël Lacaze Peyragudes
Président de la confédération pyrénéenne du tourisme qui regroupe les 38 stations françaises du massif, Pierre Casteras, n'élude pas le sujet : « L'accident climatique de la
saison dernière oblige les professionnels à s'adapter. Nous devons d'une part promouvoir un tourisme à l'année dans les Pyrénées d'autre part investir dans des moyens pour fabriquer de la
neige ». «On sait fabriquer de la neige en étant respectueux de l'environnement. Si on ne développe pas la neige de culture, on aura un accident industriel et
social majeur »
« dans une station de ski, 75 % des émissions de gaz à effet de serre sont produites par les transports touristiques» Jean-Henri Mir, le maire de Saint-Lary, qui vient
de lancer son bilan carbone."
Le ski est un des sports les plus néfastes pour
l'environnement. Il y a l'impact des aménagements des pistes sur la montagne, de l'urbanisme, la construction et l'exploitation des remontées mécaniques, des canons à neige et leurs
réservoirs d'eau et, comme le dit le maire de St-Lary, les déplacements. Les
stations Ménuires et Val Thorens ont ainsi fait leur bilan carbone : 73 800 tonnes eq. C sur une saison soit plus de 72 kg par skieur. 74% de cette pollution provient des déplacements des
skieurs de leur domicile à la station, en sachant que le bilan ne porte que sur les séjours avec au moins une nuit, les skieurs à la journée ou résidant loin ne sont pas pris en compte.
Si le sport d'hiver subit de plein fouet le réchauffement climatique, il en est également un bon contributeur. C'est un peu l'arroseur arrosé. L'arroseur s'arrose de plus belle
car il intensifie sa pratique : plus de pistes, plus hautes, plus de canons à neige. Les extraits de la Dépêche ci-dessus en témoignent. Près de St Gaudens, où j'ai grandi, une petite station
plutôt basse marchait bien, Le Mourtis. Puis dans les années 90, il n'y avait plus de neige, elle fermait. Les années d'euphorie 2005 et 2006 voyaient sa réouverture avec des investissements.
Soyons certains que les années à venir seront difficiles. Beaucoup de stations projettent, au nom de cette embellie passagère, de doubler leur capacité d'accueil avec des projets immobiliers
aussi polluants que laids. Certains préfets comme celui des Hautes-Pyrénées résistent heureusement au lobby de cette activité et au chantage à l'emploi et les "gèlent" car les stations
d'épuration des eaux usées sont insuffisantes en taille.
On assiste à une véritable fuite en avant en se voilant la face. Le manque de neige est "un accident" et on investit toujours plus pour repousser le problème et
l'accélérer. D'ailleurs les skieurs jouent le jeu car ils sont toujours plus nombreux. Il fallait voir les stations de ski l'été et les routes qui y mènent. Tout était en chantier. Pour
reprendre la métaphore du ski, on fonce tout schuss vers la catastrophe. Au cours de la traversée des Alpes à vélo que j'ai réalisée en juin, l'hôte d'un petit gîte déplorait cette fuite en
avant, expliquant que les stations de l'arrière pays niçois étaient mortes pour le ski et qu'il fallait réfléchir à les réorienter vers un tourisme moins impactant et plus durable.
Alors bien-sûr on me répondra qu'il y a des emplois derrière, de l'activité. Mais sacrifier l'enviropnnement en vaut-il la peine ? N'est-ce pas déplacer le problème de quelques
années et l'aggraver ? Plutôt que cette vision courtermiste et irresponsable, ne faudrait-il pas mieux réfléchir développement durable, non pas à l'échelle du canon à neige pour qu'il consomme moins, mais au niveau des massifs ? Favoriser un tourisme respectueux et l'alimenter
par des transports en commun.
De l'autre côté, les skieurs doivent aussi réfléchir à leur pratique. Quel est le prix environemental de ce loisir ? C'est évidemment difficile à calculer. Il n'est pas question de faire une
croix sur le ski mais il existe des gestes efficaces comme limiter le nombre de sorties (là je vais me faire insulter, notre mode de vie n'est pas négociable...) ou s'orienter vers
des stations desservies par le train ou le bus. Dans les Pyrénées, les stations d'Ax 3 Domaines et Superbagnères sont accessibles en train puis télécabine. La SNCF propose d'ailleurs des
forfaits train+ski intéressants, les trains sont équipés pour recevoir les skis.
Pour ma part je n'aime pas trop ce loisir. Outre le fait qu'il se pratique dans des zones artificialisées, faire la queue aux remonte-pentes et parfois se battre presque pour y monter, se
trimbaler le matériel inconfortable, s'entasser sur des pistes pour monter, descendre, monter, descendre avec des gens qui bien souvent veulent être vus... Je sature vite et en plus l'ambiance
m'insupporte et me stresse. Je suis sans doute à contre-courant parce que c'est un loisir "fun" ( et en plus les portables passent presque partout maintenant).On construit même des
pistes de ski à Dubeï !
Photo : Tignes en novembre 2006, les canons à l'action. www.r-montages.com - Piste de Dubei : www.mysterra.org