L'article de lundi traitait du pic pétrolier et de la fin du pétrole... abondant et bon marché.
Le pétrole est une énergie facile à transporter, à stocker, très énergétique, jusqu'à présent facile à extraire. Son
utilisation remonte aux années 1850 et sonnera le début du développement d'une nouvelle économie industrielle puis de l'agriculture intensive. Les 30 glorieuses, dès le lendemain de la seconde
guerre mondiale, marquent le grand boom de la croissance économique qui s'appuie complètement sur un pétrole jaillissant à de nombreux endroits et pour peu d'argent. Les chocs pétroliers de 73 et
79 viendront ralentir sa production et donner un coup de frein aux économies mondiales avant qu'elles repartent de plus belle dès les années 90 et la mondialisation libérale, permise toujours
grâce .... à l'or noir !!
Notre modèle de société s'est donc développé autour de ce liquide magique et nous en sommes devenus complètement dépendants. Presque tous les secteurs économiques en sont
tributaires et en particulier celui des transports. Plus de 80% des marchandises sont transportées par la route en France, la voiture individuelle permet la mobilité des voyageurs à plus de 60%
(80% à l'échelle locale comme l'agglomération toulousaine). A proximité des villes, les lotissements pavillonnaires fleurissent, toujours plus éloignés des lieux de travail, de loisirs et d'achat
(de biens fabriqués à l'autre bout du monde). Les voyages ne sont jamais assez loin et partir une semaine sur l'île Maurice est devenu normal.
Ceci est tellement vrai que le pétrole a la particularité de ne pas répondre au principe de l'offre et de la demande comme n'importe quel autre bien. Quand le prix du kg de fraises monte, les
consommateurs en achètent moins mais quand le prix du litre d'essence augmente, les automobilistes en achètent toujours autant. Son prix devra monter énormément pour que les habitudes changent.
Ce modèle de société basée sur
le gâchis énergétique et sur le principe que l'or noir coule à flot pour
longtemps a-t-il un
avenir ? "
Le mode de vie des Américains n'est pas négociable" disait bien le père Bush.
Dans le même temps, un des soucis principaux de l'humanité est le réchauffement climatique. Celui-ci est anthropique (sauf pour Allègre) et en particulier dû à l'utilisation massive des énergies
fossiles. Nous relargons massivement et à la vitesse V le carbone des végétaux stockés depuis des millions d'années .
L'ère du pétrole aura duré environ 150 ans soit pour l'instant 0.1%
de l'histoire d'homo sapiens sapiens.

Finalement
cette fin
du pétrole peut être une chance. Elle va permettre, sans doute bien trop tardivement, une nette diminution des émissions de CO2 et par la même occasion permettre une réorganisation plus
saine de la société.
En effet
la croissance économique repose sur le pétrole. La raréfaction et la chèreté de ce
dernier entraîne de fait une récession économique durable qui oblige à trouver un fonctionnement différent. Finis l'abondance, le gâchis, les fraises chinoises sur nos tables,
finie la
mondialisation libérale créatrice d'inégalités. A ce sujet je me souviens d'Yves Cochet venu faire une conférence sur la question à l'INSA Toulouse et expliquant avec provocation et non
sans un certain plaisir aux futurs ingénieurs qu'Airbus serait réduit à pas grand chose dans 10 ou 15 ans.
L'économie pourrait donc se relocaliser, les modèles de société devenir plus humaims ou du moins à taille humaine avec plus de solidarité, de liens sociaux. Plus de liens moins de biens en somme.
On me rétorquera que c'est la défnition de la
décroissance... je confirme !
Cette description quelque peu idyllique de
l'après pétrole, décrite également par le très bon
Atlas
environnement du Monde Diplomatique, sera en revanche certainement précédée d'une
ère de la fin du pétrole pas cher ( de l'énergie et des matières premières d'une manière
générale) synonyme de conflits très durs, de guerres, de famines afin de s'accaparer les dernières réserves. Sortir de la dépendance du pétrole est aussi une période difficile pour
l'économie , les entreprises, les particuliers. Si le prix monte trop brutalement, ils seront désemparés. C'est pourquoi
la taxe carbone et en particulier sur les produits
pétroliers est une solution pour faire monter le prix de manière artificielle et progressive et permettre à l'économie de s'habituer et trouver des solutions de substitution. Jean-Marc Jancovici
en est un chaud partisan comme il l'explique
ici. Le Grenelle semble l'avoir adoptée.
Bref, si l'espèce humaine se relève de cette période et si elle survit au réchauffement climatique et à la dégradation de l'environnement, l'optimisme est permis.
Pour illustrer ces propos, je l'accorde assez simplifiés, je vous conseille quelques documentaires. Le premier, "
The end of
suburbia", qui pourrait se traduire par "la fin des grandes banlieues", explique en quoi le "rêve américain" est voué à l'échec à cause de la crise pétrolière qui se dessine
(
quelques pistes pour le voir sur le forum d'Oléocène).
Le second ci-dessous "
Oil smoke and mirror" (pétrole et écran de fumée) tente de décortiquer la géopolitique mondiale
autour du pétrole et son rapport avec le peut-être vrai-faux 11 septembre 2001 (hypothèse controversée mais argumentée dont les témoignages de ministres allemands et britanniques) .
Enfin, un petit extrait du documentaire "
A crude awakening, the oil crash" (un réveil brutal, le crash pétrolier) qui
retrace la brève épopée de l'or noir...
Photos : banlieue toulousaine : ses lotissements, ses hypermarchés