
Je ne vous apprends rien, le prix du baril
de pétrole a flambé cette semaine. La barre des 90$ (
90.07$) a été atteinte vendredi pour le brut léger "light sweet crude" pour livraison en novembre sur la bourse de
New York.
Record absolu. J'avoue que j'ai ressenti une certaine excitation en voyant le cours grimper vertigineusement. J'ai même installé une extension sous Firefox indiquant,
dans la barre d'état, le cours en temps réel !
Sommes-nous arrivés à la fin du pétrole ? Je réponds non, sans hésitation. Les spécialistes disent que nous avons environ 40 ans de réserve, cela nous laisserait le temps de trouver des
technologies propres et de devenir encore plus accro à cette drogue !
En fait nous avons bien plus de 40 ans de réserve de pétrole. On peut même se risquer à dire que l'on aura toujours du pétrole. En effet, les puits ne vont pas s'assécher du jour
au lendemain et il restera toujours une goutte quelque part pour laquelle il faudra utiliser 10 fois plus d'énergie pour l'extraire que ce qu'elle en contient !!!
Ce qui compte c'est le débit de cette extraction. Lorsque les réserves arrivent à la moitié, la production diminue inexorablement. Le pétrole restant est plus lourd, plus
profond, moins pur et son extraction plus difficile. Le débit baisse. La production de pétrole suit donc une courbe plus ou moins en cloche donc le sommet représente le pic pétrolier (ou pic de
Hubbert). A ce pic pétrolier , l'offre ne peut répondre à la demande. Le prix augmente jusqu'à un certain point d'équilibre qui permet d'extraire des pétroles de moins bonne qualité et
plus coûteux à commercialiser. Le prix se stabilise plus ou moins , on appelle ça le plateau en tôle ondulée, un certain temps jusqu'à ce que la production chute inexorablement
(déplétion).

Il faut donc parler de
fin du pétrole
abondant et bon marché et non de fin du pétrole. Et effectivement la fin du pétrole bon marché se calcule plus en mois qu'en années. La date du pic pétrolier est difficile à appréhender.
Quand les plus optimistes (gouvernements, certaines compagnies pétrolières) parlent de 2030, les plus pessimistes, souvent des experts indépendants, estiment que ce pic serait déjà passé (2006 ou
2006).
Les réserves de brut sont des données plus ou moins cachées pour des questions stratégiques et de gros sous. En effet, la production mondiale tend à diminuer depuis 2006
alors même que l'OPEP s'était engagée à ouvrir les vannes de 500 000 barils par jour à l'automne. Intox et spéculation ou impossibilité d'augmenter l'offre ?
Cette histoire de pic pétrolier ne fait pourtant pas la une des médias alors même que la montée des cours est placée en bonne place dans les titres. Les raisons invoquées sont les tensions
géopolitiques Turquie/Irak, l'Iran, les stocks à l'approche de l'hiver et les investissements insuffisants en extraction, raffinage. Les tensions offre/demande expliquées ci-dessus sont rarement
évoquées.
N'étant pas un spécialiste de la question, je vous renvoie vers différents sites qui traitent de ce sujet passionnant :
-
ASPO France : association d'étude des pics pétrolier et gazier , de la déplétion et ses conséquences.
-
Oléocène : site dédié à la fin de l'âge du pétrole dont je vous conseille le forum, très actif et aux interventions de
qualité.
-
Terre de brut : blog d'Emmanuel Broto qui pense que le pic pétrolier est passé.
-
Wolf at the door : site très pédagogique et documenté.
-
Yves Cochet : député Vert, spécialiste du pic de Hubbert
-
Jean-Marc Jancovici : une explication sur les réserves de pétrole
Alors pourquoi est-ce que cette augmentation me réjouit, au-delà du fait que je n'ai pas de voiture ? La réponse au prochain épisode...
Graphes : liberation.fr - production mondiale de brut selon l'ASPO