Alors que j'étais en déplacement en Gironde pour le travail du côté de Cestas, je vois passer une immense remorque de tracteur remplie de carottes. Le coin est constitué de grandes surfaces
agricoles dont certaines en
maraîchage intensif, gavées d'engrais et de pesticides.

La personne avec qui j'étais me voit observer ce convoi et
m'explique que ce sont des carottes invendables en grande surface (déformées, trop petites...) et qu'elles vont être épandues directement dans les champs en l'état malgré les gros problèmes que
cela pose (dégradation lente et difficile, mauvais amendement en l'état). En effet
20% des récoltes partent ainsi !!! La grande distribution impose des légumes très calibrés.
L'agriculteur fait aussi du poireau qui est également sujets à d'importants rebus.
Evidemment je demande s'il ne serait pas possible de les donner à et des associations d'aide aux plus démunis voire nourrir les bêtes avec, ou composter ces carottes. Et bien elles ne sont livrées
que par camions de 25T pour une question de rentabilité et à ce poids, bien évidemment, personne n'en veut, même pas les élevages bovins. Il existe bien un centre de traitement type compostage mais
en Espagne et ça ne vaut pas le coup financièrement (heureusement !) de les y emmener. A propos de (non) compostage et de grande surface, les déchets alimentaires de ces dernières se comptent en
tonnes également mais là il n'y a aucune récupération possible pour une grande partie actuellement car avec les emballages (du type le sachet autour de la salade) et bien tout part à
l'incinération.
J'ai bien sûr pensé au film "
We feed the world" qui illustre parfaitement ce genre de pratique normale de notre vie moderne. Est-ce
bien la peine de se lancer dans les OGM pour d'hypothétiques gains de productivité et d'affirmer que la bio est une utopie si 20% des récoltes partent à la poubelle ? Pourtant, comme
le dit la FAO "
des modèles récents sur l’approvisionnement mondial qui montrent que l’agriculture biologique peut produire
assez par tête d’habitant pour nourrir la population actuelle de la planète.Ces modèles suggèrent que l’agriculture biologique a le potentiel de satisfaire la demande alimentaire mondiale, tout
comme l’agriculture conventionnelle d’aujourd’hui, mais avec un impact mineur sur l’environnement"

D'autre part, si le développement durable, vraiment durable,
ne semble pas encore un réflexe, il peut être l'alibi pour des projets anti-écologiques.
En effet, du côté de Toulouse il y a de
nombreux projets de golfs ou de leur aggrandissement : Lézat/Lèze, Luchon, Montech, Montauban, nord de Toulouse, Nailloux...
Parmi ces projets, j'ai eu écho des 3 derniers cités qui
utiliseraient les rejets de stations d'épuration (step). Vous me direz, parfait, on recycle l'eau !!! Mais l'eau traitée et
épurée en step a été prélevée à la base en rivière ou en aquifère puis elle repart vers le milieu naturel, la rivière. Par conséquent utiliser l'eau en sortie de step revient à pomper
indirectement de l'eau en rivière sur le plan quantitatif. De plus, une telle réutilisation nécessite une désinfection UV (gourmande en électricité) et des pompages sur des distances plus ou
moins longues (là aussi électriques...). Rien de bien écolo donc à y regarder de plus près.
Mais là où les promoteurs (et les sociétés de traitement des eaux qui sont également partie prenante dans ces projets) sont malins et s'assoient sur l'écologie c'est qu'utiliser l'eau de step
permet de
ne pas être soumis aux arrêtés préfectoraux de restrictions d'irrigation. Ceux-ci s'adressent en premier lieu aux agriculteurs qui n'ont pas le droit d'arroser avec ces
effluents épurés pour des questions sanitaires. La pertinence de la culture du maïs irrigué dans le sud-ouest (pour nourrir les animaux), plante tropicale poussant en plein été, peut être discutée
mais c'est un autre débat.
En résumé, alors que les rivières sont vides et des économies d'usages sont mises en place, les golfs pour bourgeois resteront bien verts. Un golf 18 trous nécessite en arrosage l'équivalent de la
consommation en eau d'une ville de 5000 habitants...
Je reste optimiste, toutes ces pratiques seront bien évidemment remises à plat à l'occasion du Grenelle de l'environnement...
Photos : le pain jeté à Vienne chaque jour correspond à la consommation de la 2° ville d'Autriche, Graz (www.melbournefilmfestival.com.au) Golf de Pau (www.pau-pyrenees.com)