
Al Gore prix Nobel de la paix. J'ai été
surpris en lisant cela vendredi en fin de matinée. Le prestigieux prix a été attribué, il est vrai, conjointement aux scientifiques du GIEC mais c'est bien Al Gore qui retient
l'attention. Tout le monde saluera à l'unanimité ce professionnel de la com' qui a su éveiller les consciences à la cause de l'écologie.
Celui qui possède des 4X4 hybrides Mercury dans ses garages et une piscine chauffée à l'énergie solaire (Time repris par Le Monde 2 du 7/7/07) ne prône aucun changement radical mais
accrédite un modèle capitaliste basé sur la croissance. Lui qui ne souhaite sûrement pas négocier le mode de vie des occidentaux pour paraphraser un certain Bush sénior, n'a en
fait pas vraiment dit "la vérité qui dérange" dans son film. Changer les ampoules, éteindre le robinet en se lavant les dents ou acheter des voitures hybrides ne va pas vraiment répondre
aux enjeux. L'ex-vice-président joue plutôt dans la catégorie super-lourd de l'écotartuferie comme le dit le journal La Décroissance.
On me dira que je suis trop radical, trop exigeant mais cette écologie peut s'avérer contre-productive en prônant le toujours plus, malgré un coup de peinture verte. Toutefois, mon petit
côté pragmatique reconnaît que cette distinction d'Al Gore et du GIEC revêt une importance particulière aux yeux de la communauté internationale. Ce Nobel lui envoie un
nouveau signal fort sur l'urgence écologique, si tant est que certains n'aient pas encore compris, et maintient la pression à l'approche de la conférence
de Bali en décembre prochain qui va discuter de l'après Kyoto. Le rapprochement paix - réchauffement climatique donne une tournure plus importante et plus grave encore à
l'enjeu. C'est également un signe à destination de Bush qui n'est même pas encore au niveau d'écologie des 4X4 hybrides d'Al Gore. La com', les conférences, sommets, concerts doivent
maintenant laisser la place à des vrais changements.
Le Grenelle se dégongle
Transition toute trouvée pour parler du Grenelle de l'environnement. Un "canevas de discussions" a été adressé aux participants de la part du MEDAD afin de cadrer les réunions finales,
resserrer les champs de négociation et établir le calendrier. D'après ce qu'en a dit Libé jeudi, des mesures phares comme l'éco-pastille (taxe à l'achat d'un véhicule selon son impact polluant)
ou la taxe carbone jugée trop complexe voire même la mesure ultra simple et gratuite de baisse des limitations des vitesses maximum sur les routes seraient gentiment repoussées ou
seulement "étudiées". De même les objectifs de réduction des pesticides ne sont pas chiffrés, l'approche des municipales ne devant pas trop effrayer les automobilistes, agriculteurs,
contribuables...
Le syndicat SNE-FSU, lors de son entrevue avec le cabinet du ministre, relevait quelques phrases trahissant l'état d'esprit gouvernemental : « on a le devoir de développer la France, de créer des
emplois, de préserver la compétitivité des entreprises (EADS, …) », « faire que la production soit propre, mais avec prudence, sans coup de massue fiscal pour les entreprises », « s'il y a
création de taxes écologiques, elles doivent être compensées par des mesures fiscales ou d’allègement de charges ». On sent une certaine timidité et une crainte réelle de plomber la
croissance qui reste la priorité des priorités. Il semble que la patate chaude soit plutôt donnée aux consommateurs et individus et aux comportements individuels...

Heureusement une phrase a été largement citée
par les médias et elle annonce peut-être un tournant : "
le paradigme actuel, fondé sur la priorité accordée aux infrastructures routières et autoroutières doit être abandonné
au profit d'une logique de développement intégré, dans laquelle la route et l'avion deviennent des solutions de dernier recours". Voilà qui est de bonne augure en plein débat public sur le
grand contournement routier autoroutier de Toulouse !!
Attali et Allègre, l'autre Grenelle
On doute tout de même de la motivation profonde de Sarkozy de se jeter réellement dans le combat écologique. Pourtant le sympathique Borloo nous gratifie régulièrement de discours volontaristes.
Il a par exemple annoncé à la volée récemment
un objectif de 100% de bon état écologique des masses d'eau françaises en 2015 alors que l'objectif de 50% était jusqu'à présent la
base de travail pour se mettre en accord avec une directive européenne. Cet effet d'annonce a été revu par la suite à 66%, ce qui se chiffre tout de même en plusieurs dizaines de milliards
d'euros, soit un constat de quasi-impossibilité (
voir cet article de Marc Laimé sur Eaux glacées).
La com' voilà ce en quoi notre ministre brille avant tout, "
un des avocats d'affaires les mieux payés au monde dans les années 80 selon le magazine Forbes et spécialiste des
opérations juteuses de rachats d'entreprises, défenseur de Bernard Tapie, il se fait lui-même conseiller pour la gestion de son image par une agence de communication" et a la
"fâcheuse
habitude de trier les journalistes invités à ses briefings lui valant les remontrances de l'association des journalistes de l'information sociale (AJIS)" selon le même journal de la
Décroissance. Il communique tellement bien que le mensuel rapporte que l'ex-député européen déclarait dans l'hebdomadaire d'extrême droite Minute il y a une dizaine d'années avoir "
des
rapports corrects avec les gens du FN de (sa) région" et ne serait "
pas contre" des alliances avec le leader frontiste.
Non, les vraies volontés du gouvernement Sarkozy se trouvent peut-être du côté de l'ex-socialiste Attali qui, aux commandes de la commission sur la libération de la croissance, veut une
libéralisation absolue de la grande distribution , celle-là même qui encourage une agriculture intensive et polluante en imposant sa loi, celle-là qui se repose sur le tout
bagnole et la surconsommation à grands coups de pub. Attali prône également le retrait du principe de précaution de la constitution, ce principe qui est le début d'une nouvelle
façon de penser le progrès technique : on réfléchit, on mesure, on évalue l'intérêt commun d'une découverte, puis on décide d'autoriser ou non sa diffusion. Attali veut de la
croissance pure et dure et donc lâcher les freins écologiques et préfère la solution : on innove aveuglement, on construit et si ça pose problème par la suite et bien on répare, on soigne
et légifère. Il faut dire que la dépollution, la maladie, les accidents sont créateurs de PIB !! La secrétaire d'état NKM a qualifié cette mesure de "réactionnaire".
Attali fait la paire avec Allègre, l'anti-principe de précaution par excellence. Ces deux pourraient conduire un Grenelle de la croissance aux antipodes de celui de l'environnement ! Il est
d'ailleurs élogieux pour Al Gore qu'Allègre,autre ex-socialiste, dénonce "le nombre de conneries qui sont racontées dans le film !" affirmant que "c'est de la politique, c'est pour
intervenir dans la politique américaine, c'est scandaleux !".
Photos : le Mercury Mariner d'AlGore (mercuryvehicles.com) - Borloo et Al Gore, les rois de la com' (newteon.com)