
Ce soir je suis allé écouter
Corinne Lepage à Sciences Po Toulouse à l'initiative de
l'association Cactus. Un amphi rempli d'étudiants a fait un bon accueil à la candidate de CAP21. J'ai été déçu par son intervention et ses propos ; peut-être les a-t-elle adoucis devant un public pas spécialement écologiste ? Réactions à chaud...
Elle commence sa conférence en
écartant fermement la décroissance au nom de la pauvreté et de la famine à travers le monde, même si elle partage le constat de la finitude des ressources de la planète. Ca commence mal et ça me braque surement un peu...
Son truc, c'est le
développement durable, allier économie et écologie. Créer de la croissance avec des services économes, produire propre et le cas échéant réparer. L'objectif étant le facteur 4. Cela nécessite 3% de diminution des rejets de CO
2 et c'est faisable. Une économie verte serait très créatrice d'emploi. L'Allemagne a déjà créé 1 millions d'emplois.
Lepage évoque également la nécessité de
changer d'indicateur de croissance, en particulier abandonner le PIB au profit, par exemple, de l'indice de bien-être économique (PIB moins les catastrophes, les inégalités, la délinquance...). Cet indicateur n'existe pas en France mais dans d'autres pays comme les USA où il a augmenté de 3% en 20 ans quand le PIB prenait 30%. Ca n'a pas tout changer quand même dans leur approche socio-écologique de l'économie.
Il y a également nécessité de
changer les institutions (entre autre justice) et de r
elancer l'Europe. Devant une salle qui vraisemblablement a voté "oui" au référendum , elle a affirmé qu'il fallait absolument que la France adopte la constitution quitte à modifier un peu le texte. Ces propos m'ont énervé surtout quand elle parlait de situation actuellement bloquée à cause de notre "non" avec la simplification habituelle non = anti Europe.
Cela-dit, elle considère que l'Europe doit s'aligner par le haut en prenant comme
modèle le citoyen le plus favorisé dans chaque domaine, c'est-à-dire adopter au niveau Européen le système d'un pays qui a le plus fait ses preuves.
Elle s'est dite également très
régionaliste,en particulier sur le plan énergétique. Une gestion énergétique à échelle d'un territoire fait perdre de sa suprématie au nucléaire qu'elle ne souhaite tout de même pas complètement écarter.
Concernant la fiscalité, elle s'est prononcée pour
réduire la taxe sur le travail mais l'alourdir sur l'environnement en essayant d'internaliser les coûts environnementaux et sociaux. Une question sur l'ISF lui a fait dire qu'elle était contre sa suppression sauf signe fort fait à ceux qui n'en payent pas ; en revanche elle s'est prononcée contre la prise en compte de la résidence principale dans son calcul.
Pour Corinne Lepage, le tout Etat et le tout libéral ont fait leur temps, il faut un mélange de ces deux économies sur la base de
l'économie de marché.
Déception donc car a aucun moment elle n'a parlé d'économie (dans le sens moins), de sobriété mais semble
miser énormément sur les avancées technologiques (biocarburants de 2° génération, capture séquestration du carbone, renouvelable...). Son système est réellement bâti sur la croissance et elle ne souhaite pas réellement en sortir. Je diverge sur ce point avec elle.
Une question sur la fin portait sur sa réaction à une très hypothétique proposition par Sarkozy, s'il est élu, de lui confier le poste de ministre de l'environnement. Elle n'a pas écarté la possibilité, si on lui donne les moyens de peser réellement.
Je n'ai donc pas ressenti le grand élan écologiste et humaniste que j'avais crû percevoir sur internet même si sa révolte est claire contre les lobbies.
Photo : Nicolas Voisin Politic show